La chapelure rousse, moment de nostalgie

J'ai souvent le cœur qui se sert lorsque je repense à ma jeunesse et à mes débuts à la pêche. Quand j’étais gamin, j’enfourchais mon vélo « de femme » avec sur le porte bagage mon panier en osier, un seau, sur le guidon le fourreau de canne coincé dans le cadre, avec à l’intérieur mon unique emmanchement. Une vieille canne de 8mètres qui a fait partie des premières emmanchements, que mon oncle régis m’avait donné et que je gardais fièrement comme un trophée. Sur le guidon, un sac avec la bourriche.

Je partais ainsi tel un croisé sur les routes de Bergues, village où je suis né et maintenant planétairement connu grâce à Dany.

Bien que nous n’y parlons pas le ch’ti mais qu’importe, mon enfance a été bercée par les journées passées au bord du canal de la Basse Colme,  ou du canal du Roy, qui longeait les remparts de mon village fortifié, dont j’étais fier. J’étais fier d’être flamand. J’étais avant tout fier d’être berguois. Etre berguois, c’est comme faire partie d’une famille.

Ce village d’irréductibles, vivant au sein des remparts de Vauban, était le paradis du pêcheur. J’y ai taquiné mes premiers gardons dans le canal de la Basse Colme, du haut de ses murs, près de l’ancien abattoir,  mes premières brèmes dignes de ce nom dans le canal du Roy. Je me baignais même avec mes copains dans le canal de Bergues, qui traçait sa route dans la pleine flamande, de façon longiligne jusque Dunkerque.

J’étais en pleine adolescence, je pensais plus aux poissons qu’au fille, je dois bien l’avouer, même si cela commençait à m’émoustiller un peu.

Jamais en retard au réveil pour la pêche, je descendais dans la cuisine me prendre un bon bol de cacao, avant d’aller taquiner quelques heures mes poissons adorés. Mes potes avaient le même goût que moi pour la pêche et nous trainions deçà delà, espérant des bourriches magnifiques, et toujours à la recherche du coin miracle.

Notre matériel était archaïque mais qu’importe, nous étions heureux lorsque notre élastique roubaisien se tendait au bout de ces crosses, ancêtres des scions à élastique intérieur.

Mon oncle était tapissier-matelassier, et il me fournissait des élastiques d’environ 1 millimètre de diamètre, que je nouais pour faire les premiers amortisseurs des coups de tête de poissons casaniers. J’étais le roi du monde à Bergues, dans ce village aux milles postes de pêche.

Longtemps je n’ai pas utilisé d’amorce, préférant la pêche à roder, avec dans ma boite à esches quelques fourmis ailées ramassées près des fourmilières les jours orageux. Le mais doux était mon esche de prédilection pour tenter de leurrer les jolies carpeaux de la Basse  Colme. Le pain mon allié le plus précieux pour les beaux gardons du canal des crevettes, mais aussi le couscous que mon maitre de l’époque, et gardien de mon quartier me confectionnait.  « 5 minutes et tu rince sous l’eau froide, avec ensuite une cuillère d’huile ». J’ai toujours le cœur qui se serre quand je pense à Jean, qui m’a appris les premiers trucs de pêcheur qu’il connaissait sur le bout  des doigts.

Mes lignes étaient toujours les mêmes, j’avais peu de flotteurs mais je les adorais. Si par hasard j’en laissais un dans un arbre, lorsque je taquinais les gardons fanfaronnant sous les branches longeant les cours d’eau, je faisais le tour à vélo pour les décrocher et ne laissait rien tomber.

Ma vie de jeune pêcheur était magique. Je n’avais rien d’autre à penser, mes parents me laissaient faire, me préférant au bord de l’eau qu’à trainer. Mon père m’aidait beaucoup. Lorsque mon fourreau était trop usé, un bout de tuyau PVC à l’intérieur et c’était réparé. Quand j’avais besoin 7 francs pour une boite d’asticots, maman sortait le porte monnaie.

Pu… qu’est ce que j’étais bien dans mon monde !!!!

Mon détaillant de l’époque, c’était la mère Coudevylle, qui tenait l’armurerie du village, mais aussi l’un des seuls rayons où je pouvais acheter mes premiers paquets de « LEADER 515 », ou de « deux coqs ».

J’étais bien loin de là où je suis à présent, mais j’avais déjà cette passion qui me noue le ventre, ce pétillement dans les yeux, quand je parlais de pêche avec mes copains à l’école.

Je n’étais pas encore Madfred, je ne savais pas ce qu’étais un feeder, mais j’étais heureux.

Quand j’allais chez la mère Coudevylle,  que j’avais besoin d’amorce ou d’asticots, et que quelques francs me manquaient, elle adaptait ses portions, mais nous n’étions jamais perdants. Si je n’avais pas assez de pièces, j’achetais un paquet de chapelure rousse maison, qui était en fait des miettes de coupe de boulangerie, que madame Coudevylle broyait elle-même.
Avec un mouillage prudent, j’arrivais à amorcer une jolie place pour taquiner les plaquettes.

 Ce dont je me rappelle, c’est qu’avec une portion d’asticots, et un kilo de chapelure, je faisais au moins deux parties de pêche et je finissais les bloches « à roder ».

Toute une époque !!!

 

Quand j’ai eu un gros moment de nostalgie avant-hier, je me suis souvenu de cela, de ma vie enfant, et de ces pêches.

Je me suis rappelé que la chapelure était ma première amorce miracle avec laquelle j’ai fait de jolies bourriches.

Je suis allé chez mon boulanger, prendre des miettes de coupe. Je les ai remixés, pour en obtenir une farine moyenne.

Cet arôme de chapelure qui me suit depuis tout petit, je l’adore !!!!

Dernière mise à jour de cette page le 22/02/2009
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